LA CONFERENCE DE BERLIN ET LE PARTAGE DE L'AFRIQUE

Les frontières africaines sont-elles des frontières de papier ?

COMPÉTENCES TRAVAILLÉES

CONNAISSANCES :

  • Frontière

  • relations internationales

CAPACITÉS :

  • Conduire une démarche et la justifier. 

Elément signifiant : Construire et vérifier des hypothèses.

  • Construire une argumentation historique ou géographique

Elément signifiant : Utiliser une approche historique ou géographique pour mener une analyse ou construire une argumentation.

ATTITUDES :

  • Autonomie

Elément signifiant : prendre part à une production collective

Objectifs :

  • Comprendre la construction des frontières africaines

  • Comprendre les fonctions d’une frontière

  • Construire et vérifier des hypothèses

  • Extraire des informations d’un dossier documentaire

  • Répondre à des questions en reformulant

VIDÉO INTRODUCTIVE

QUESTIONS : 

En vous appuyant sur la vidéo introductive à l’activité et sur les documents, répondez au questions de manière développée. Pour chaque réponse, vous justifierez vos affirmations en utilisant l’exemple du Cameroun.

  1. Comment la conférence de Berlin conduit-elle au partage de l’Afrique ?

  2. Dans quelle mesure les puissances coloniales tiennent-elles compte, dans le tracé des frontières, des réalités existantes ?

  3. A partir des réponses, répondez à la question suivante : les frontières africaines sont-elles des frontières de papier ? Votre réponse devra être présentée à l'oral.

J'ai besoin d'une aide pour répondre

J'ai besoin d'une aide pour réussir l'oral

Document 1 :

Au nom de Dieu Tout-Puissant,
Sa Majesté l'Empereur d'Allemagne, Roi de Prusse, Sa Majesté l'Empereur d'Autriche, Roi de Bohème, etc., et Roi apostolique de Hongrie, Sa Majesté le Roi des Belges, Sa Majesté le Roi de Danemark, Sa Majesté le Roi d'Espagne, le Président des États-Unis d'Amérique, le Président de la République Française, Sa Majesté la Reine du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, Impératrice des Indes, Sa Majesté le Roi d'Italie, Sa Majesté le Roi des Pays-Bas, Grand Duc de Luxembourg, etc., Sa Majesté le Roi de Portugal et des Algarves, etc., Sa Majesté l'Empereur de toutes les Russies, Sa Majesté le Roi de Suède et Norvège, etc., et Sa Majesté l'Empereur des Ottomans,
Voulant régler, dans un esprit de bonne entente mutuelle, les conditions les plus favorables au développement du commerce et de la civilisation dans certaines régions de l'Afrique, et assurer à tous les peuples les avantages de la libre navigation sur les deux principaux fleuves africains1 qui se déversent dans l'océan Atlantique ; désireux, d'autre part, de prévenir les malentendus et les contestations que pourraient soulever à l'avenir les prises de possession nouvelles sur les côtes de l'Afrique, et préoccupés en même temps des moyens d'accroître le bien-être moral et matériel des populations indigènes, ont résolu, sur l'invitation qui leur a été adressée par le gouvernement impérial d'Allemagne, d'accord avec le Gouvernement de la République Française, de réunir à cette fin une Conférence à Berlin. (…)
Chapitre VI
Déclaration relative aux conditions essentielles à remplir pour que des occupations nouvelles sur les côtes du continent africain soient considérées comme effectives
Article 34.
La Puissance qui, dorénavant, prendra possession d'un territoire sur les côtes du Continent africain situé en dehors de ses possessions actuelles, ou qui, n'en ayant pas eu jusque-là, viendrait à en acquérir, et de même la Puissance qui y assumera un protectorat, accompagnera l'acte respectif d'une notification adressée aux autres Puissances signataires du présent Acte, afin de les mettre à même de faire valoir, s'il y a lieu, leurs réclamations.
Article 35.
Les Puissances signataires du présent Acte reconnaissent l'obligation d'assurer, dans les territoires occupés par elles, sur les côtes du continent africain, l'existence d'une autorité suffisante pour faire respecter les droits acquis et, le cas échéant, la liberté du commerce et du transit dans les conditions où elle serait stipulée.


Acte général de la conférence de Berlin, 1885

1.Congo et Niger
 

Document 2 : la conférence de Berlin vue par la presse

Draner, L’illustration, 3 janvier 1885

Document 3 : Les origines du Cameroun

[En 1894], la région qui allait devenir le Cameroun était alors ethniquement et politiquement très morcelée. On ne comptait pas moins d’une centaine de groupes ethniques différents, parlant chacun son dialecte adorant chacun ses dieux possédant chacun son histoire ses coutumes et ses traditions. Les systèmes politiques allaient du type non étatique (les populations bantu de la forêt « sud-camerounaise » et les populations dites païennes du « Nord-Cameroun ») jusqu’aux formes étatiques du pouvoir (les petits royaumes côtiers, les chefferies Bamiléké, les royaumes Bamoun et Tikar, les principautés Kotoko, les sultanats et lamidats du « Nord-Cameroun », etc). De la même manière, les structures sociales variaient du type clanique égalitaire jusqu’au type «féodal» fortement hiérarchisé. Le terme même de Cameroun n’apparaît guère avant le XVIe siècle. Le Cameroun tire son nom d’un mot portugais. (...) Les Portugais appelèrent le vaste estuaire du Wouri « Rio dos Camaroes », la rivière des crevettes. Sous l’influence espagnole, l’estuaire du Wouri fut désigné sous la forme de « Rio de los Camerones » ou « Rio dos Camerones ». Sous l’influence anglaise, le nom se transforme au XIXe siècle en « Cameroons ».

Adalbert Owona, «La naissance du Cameroun (1884-1914)», Cahiers d’études africaines, vol 13, 1973.

 

Document 4 : La frontière sud du Cameroun

« Le gouvernement de Sa Majesté l ́Empereur d ́Allemagne renonce en faveur de la France à tous droits de souveraineté et de protectorat sur les territoires qui ont été acquis au sud de la rivière Campo par des sujets de l’Empereur allemand et qui ont été placés sous le protectorat de Sa Majesté l ́Empereur d ́Allemagne. Il s ́engage à s ́abstenir de toute action politique au sud d ́une ligne suivant ladite rivière, depuis son embouchure jusqu ́au point où elle rencontre le méridien situé par 10 degrés de longitude Est de Greenwich (7°40 ́ de longitude Est de Paris) et, à partir de ce point, le parallèle prolongé jusqu ́à sa rencontre avec le méridien situé par 15o de longitude Est de Greenwich (12°40 ́ de longitude Est de Paris).
Le gouvernement de la République Française renonce à tous droits et à toutes prétentions qu ́il pourrait faire valoir sur des territoires situés au nord de la même ligne et il s ́engage à s ́abstenir de toute action politique au nord de cette ligne.
Aucun des deux gouvernements ne devra prendre de mesures qui puissent porter atteinte à la liberté de navigation et au commerce des ressortissants de l ́autre gouvernement sur les eaux de la rivière Campo, dans la portion qui restera mitoyenne et dont l ́usage sera commun aux ressortissants des deux pays. »

Convention du 24 décembre 1885 entre le baron de Courcel et le comte Herbert de Bismarck.

 

Document 5 : l’évolution des frontières du Cameroun

Document 6 : l’évolution des frontières du Cameroun

Le Petit journal, supplément illustré du dimanche, 9.11.1913, Bibliothèque nationale de France


En vertu de l’accord du 4 novembre 1911, la France cède à l’Allemagne de vastes territoires dans les régions du Cameroun et du Congo (272000 km2). En échange, l’Allemagne renonce à toute prétention sur le Maroc.


Document 7 : le regard du géographe


Ce partage fut d'abord une affaire de papiers, de traités, par lesquels les États dessinèrent des frontières de chancellerie délimitant possessions et sphères d'influence. Le partage de papier sur des cartes géographiques incertaines ne devint un partage de terrain, assorti de traités, qu'après la conférence de Berlin. À la différence de ce qui se passait en Europe, on commença en Afrique par définir sur la carte les territoires convoités puis on entreprit sur le terrain de les conquérir. La carte précéda le texte. (…) Le discours de l'artificialité des frontières africaines n'est pas porté par les dirigeants et peuples africains. (…) Il néglige l'importance des négociations entre puissances pour produire les limites inter-impériales — deux décennies dans le cas de la frontière très sinueuse entre le Niger et le Nigéria (1890-1904). Il sous-estime la prise en compte, par les traceurs puis les administrateurs, des réalités politiques locales et régionales antécédentes sur lesquelles ils cherchaient à s'appuyer, ne serait-ce que pour réduire les coûts. Il ignore l'existence de limites politiques précoloniales1 qui, pour être plus des marches de séparation que des frontières linéaires modernes, n'en étaient pas moins des marqueurs de royaumes et d'empires, des proto-frontières2 si l'on veut. À la lecture des textes des traités et l'observation des cartes, j'ai évalué que, dans un sixième des cas, les configurations ethniques locales avaient été prises en compte dans les tracés. Chiffre minimal car il ne retient que les limites pour lesquelles le critère ethnique a été avancé explicitement dans les textes et étudié par les commissions d'enquête. Manque une partie des limites précoloniales de nature politique (royaumes et empires, limites d'aires de djihad comme au nord du califat de Sokoto") ainsi que les dispositions particulières sur l'usage des aires de parcours et des puits (…)
Par ailleurs, plusieurs centaines de traités ont été signés avec les autorités, de sorte que les tracés coloniaux traduisaient l'existence antérieure, en particulier près des côtes, de divisions entre unités politiques distinctes.  Enfin et surtout, comme l'indiquait déjà l'historien Dominique Hado Zidouemba, l'idée de frontière n'était pas étrangère à la culture africaine. (…)

 

Michel Foucher, Frontières d’Afrique. Pour en finir avec un mythe, CNRS Editions, 2014


1. existantes avant la colonisation
2. proto signifie « premier, primitif ». Cela sert à désigner un état antérieur, proche des frontières telles qu’elles furent déssinées

Iklasse, tous droits réservés