COMPÉTENCES TRAVAILLÉES

CONNAISSANCES :

  • Frontière

  • limes

  • zone frontalière

CAPACITÉS :

  • Conduire une démarche et la justifier. 

Elément signifiant : Construire et vérifier des hypothèses.

  • Construire une argumentation historique ou géographique

Elément signifiant : Procéder à l’analyse critique d’un document selon une approche historique ou géographique.

ATTITUDES :

  • Autonomie

Elément signifiant : prendre part à une production collective

Objectifs :

  • Caractériser une frontière

  • Comprendre les fonctions du limes rhénan

  • Construire et vérifier des hypothèses

  • Extraire des informations d’un dossier documentaire

  • Répondre à un questionnement en reformulant

QUESTIONS : 

1. Analyser le rôle du limes rhénan comme frontière défensive :

  • Quel sens les Romains donnaient-ils au mot limes ?

  • A quel moment prend-il le sens de frontière ?

  • Pourquoi les Romains construisent-ils le limes rhénan ?

  • Comment s’organise le limes rhénan ?

  • A l’aide du texte de D. Cassius, montrez que cette frontière n’empêche pas les relations avec les peuples germains au delà de la frontière.

2. Confrontez votre analyse à celle de l’historien :

  • Justifiez à l’aide des documents 1, 3, 4 que la frontière rhénane est plutôt une zone d’échanges.

  • Expliquez à partir des documents 3 et 4 la notion de « frontière invisible » qu’évoque l’historien Charles Wittaker.

3. A partir de vos réponses, préparez un développement qui sera présenté oralement montrant que les fonctions de la frontière rhénane sont multiples.

Document 1 :

Document 2 : la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique au niveau de Tijuana

Dans le vocabulaire de la géostratégie contemporaine, limes a pris le sens de frontière fortifiée, mais les Romains de l'époque classique en avaient une autre conception. En latin, un limes désigne un chemin et plus précisément une voie de pénétration dans le domaine militaire. Il faut attendre la fin du Ier siècle apr. J.-C. pour qu'il prenne le sens de frontière, plus précisément dans un texte de Tacite, qui identifie le limes de l'Empire avec les fleuves Rhin et Danube. Même dans ce cas-là, le « vrai » limes romain ne coïncide pas forcément avec l'idée de ceinture linéaire que postule son usage moderne. Au premier siècle de l'Empire, il se présente sous la forme d'un réseau de routes desservant des camps et des fortins plus petits. Loin d'être une frontière, il est conçu comme une base de projection vers de nouvelles expéditions. C'est entre les règnes de Domitien (81-96) et d'Hadrien (117-138) qu'il se dote d'une barrière linéaire - palissade ou mur sans que cette adoption soit systématique et qu'il perde son caractère de réseau.
Le limes de Germanie illustre (…) cette complexité. Sur le cours inférieur du Rhin, le fleuve offre une barrière de défense commode et les camps légionnaires s'y fixent donc sans qu'il soit besoin de faire d'autres travaux. Au contraire, le saillant entre le Rhin et le Danube, conquis seulement sous les Flaviens (69-96), est affecté d'une grande fragilité nécessitant l'organisation d'un réseau efficace. Auguste organise le système stratégique de la région autour des camps légionnaires de Strasbourg et de Vindonissa, mais c'est Claude (41-54) qui perfectionne vraiment le limes en construisant deux axes routiers. (…) Sous les Flaviens, l'élaboration du limes se trouve étroitement associée à la pacification du saillant, qu'elle prépare, accompagne et stabilise. Tout d'abord, Vespasien (69-79) édifie une rocade courant d'Augsbourg à Mayence, desservant toute une série de fortins (castella). Ensuite, les acquisitions de Domitien (81-96) permettent d'adosser le limes sur le Neckar et le Main, tout en construisant une palissade en bois reliant le Neckar au Main et ce dernier au Rhin. Sous Antonin (138-161), la défense est renforcée par la construction d'une deuxième palissade, plus au nord, reliant le Danube au Main. Plus linéaire, ce système a pour but de contrôler les mouvements de population plus que d'arrêter les invasions.

 

Document 3 :

Dion Cassius, auteur du début du IIIe siècle apr..J.-C, évoque dans Histoire romaine la présence des nombreux soldats sur la frontière et les conséquences sur les relations entre Romains et Germains.

Les Romains y possédaient quelques régions, non pas réunies, mais éparses selon le hasard de la conquête (c'est pour cette raison qu'il n'en est pas parlé dans l’histoire) ; des soldats y avaient leurs quartiers d'hiver, et y formaient des colonies ; les barbares avaient pris leurs usages, ils avaient des marchés réguliers et se mêlaient à eux dans des assemblées pacifiques. Ils n'avaient néanmoins perdu ni les habitudes de leur patrie, ni les moeurs qu'ils tenaient de la nature, ni le régime de la liberté, ni la puissance que donnent les armes. Aussi, tant qu'ils désapprirent tout cela petit à petit et, pour ainsi dire, en suivant la route avec précaution, ce changement de vie ne leur était pas pénible et ils ne s'apercevaient pas de cette transformation.

D. Cassius, Histoire romaine, LVI, 18, trad. É. Gros, Éd. Firmin Didot, 1845.

Document 4 :

Les progrès de l'archéologie ont permis d'établir que les échanges commerciaux (bétail, grains) et culturels étaient nombreux de part et d'autre du limes.
[L'idée] même de la frontière comme une ligne sur une carte est moderne. L'Empire romain Illustre bien le thème de Lucien Febvre(1) selon lequel « fins, confins, limites » et « frontières » ne furent jamais considérés comme identiques avant le XIXe siècle. Les anciennes « limites » ne furent jamais linéaires c'était toujours des zones. [...] À l'évidence, les écrivains romains eux-mêmes ne considéraient pas les grandes Io frontières fluviales de l'Europe comme des fronts militaires. [...] Des zones frontalières s'étendaient des deux côtés du limes et le commerce frontalier affectait ces deux côtés. [...] La première conséquence fut la constitution progressive d'une frontière invisible au-delà du limes [...] qui distinguait ceux qui recevaient par des échanges réguliers les marchandises les plus courantes (céramiques, vin, probablement céréales) et les autres, encore au-delà, auxquels parvenaient essentiellement des articles rares et prestigieux, de bronze, de verre et d'argent liés à des échanges de cadeaux.

Ch. Whittaker, Les Frontières de l'Empire romain, trad. Ch. Goudineau, Éd. Les Belles Lettres, 1989.

 

1. Historien moderniste français de la première partie du XXe siècle.

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