LES LIMITES DE LA DÉMOCRATIE AMÉRICAINE SELON TOCQUEVILLE 

Quels sont les périls rencontrés par la démocratie ?

COMPÉTENCES TRAVAILLÉES

CONNAISSANCES :

  • Les fragilités de la démocratie

  • Tocqueville

CAPACITÉS :

  • Construire une argumentation  

Elément signifiant : Procéder à l’analyse critique d’un document 

ATTITUDES :

  • Autonomie

Elément signifiant : prendre part à une production collective

Objectifs :

  • Comprendre les fragilités de la démocratie

  • Connaître l’oeuvre et la pensée de Tocqueville

  • Extraire des informations d’un dossier documentaire.

  • Travailler en groupe dans le calme

CONSIGNES : 

1.Quel est le risque du développement de l’égalité dans la société ? (document 1)

 

2. Pourquoi Tocqueville parle-t-il d’une tyrannie de la majorité ? (document 2)

 

3. Comment, selon Tocqueville, la démocratie peut devenir « un despotisme doux » ?

 

4. D’après ces documents, quels sont les périls rencontrés par la démocratie d’après Tocqueville ?

Document 1 :

 

L'aristocratie avait fait de tous les citoyens une longue chaîne qui remontait du paysan au roi : la démocratie brise la chaîne et met chaque anneau à part. 

À mesure que les conditions s’égalisent, il se rencontre un plus grand nombre d'individus qui, n'étant plus assez riches ni assez puissants pour exercer une grande influence sur le sort de leurs semblables, ont acquis cependant ou ont conservé assez de lumières et de biens pour pouvoir se suffire à eux-mêmes. Ceux-là ne doivent rien à personne ils n'attendent pour ainsi dire rien de personne ; ils s’habituent à se considérer toujours isolément, et ils se figurent volontiers que leur destinée tout entière est entre leurs mains. 

Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, Tome 2, 1840. 

 

Document 2 :

 

Ce qui me répugne le plus en Amérique, ce n'est pas l'extrême liberté qui y règne, c'est le peu « garantie qu'on y trouve contre la tyrannie. Lorsqu'un homme ou un parti soufre d'une injustice aux États-Unis, à qui voulez-vous qu'il s’adresse ? À l'opinion publique ? c'est elle qui forme la majorité ; au corps législatif ? il représente la majorité et lui obéit aveuglément ; au pouvoir exécutif ? il est nommé par la majorité et lui sert d'instrument passif ; à la force publique ? la force publique n'est autre chose que la majorité sous les armes ; au jury ? le jury, c'est la majorité revêtue du droit de prononcer des arrêts : les juges eux-mêmes, dans certains États, sont élus par la majorité. Quelque inique ou déraisonnable que soit la mesure qui vous frappe, il faut donc vous y soumettre.

Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, Tome 2, 1840. 

 

Document 3 :

 

Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n'existe qu'en lui-même et pour lui seul, et s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie. Au-dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? [...] Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies : ils sentent le besoin d'être conduits et l'envie de rester libres. Ne pouvant détruire ni l'un ni l'autre de ces instincts contraires, ils s'efforcent de les satisfaire à la fois tous les deux. Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissant, mais élu par les citoyens. Ils combinent la centralisation et la souveraineté du peuple. Cela leur donne quelque relâche. Ils se consolent d'être en tutelle, en songeant qu'ils ont eux-mêmes choisi leurs tuteurs. [...] Cela ne me suffit point. La nature du maître m'importe bien moins que l'obéissance.» 

Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, Tome 2, 1840. 

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