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COMPÉTENCES TRAVAILLÉES

CONNAISSANCES :

  • Les difficultés de la jeune démocratie ukrainienne

CAPACITÉS :

  • Conduire une démarche géographique et la justifier. 

Elément signifiant : Construire et vérifier des hypothèses sur une situation historique. 

 

  • S’exprimer à l’oral

Elément signifiant : réaliser un oral préparé de 3 minutes (mobilisation des ressources physiques, clarté et pertinence du propos)

ATTITUDES :

  • Autonomie

Elément signifiant : prendre part à une production collective

Objectifs :

  • Comprendre les difficultés de la jeune démocratie ukrainienne

Document 1 :

Victor Ianoukovytch était un candidat pro-russe tandis que Ioulia Tymochenko 

était une candidate plutôt pro-européenne

Document 2 :

Manifestations pro-européennes dites Euromaïdan ayant débuté le 21 novembre 2013 à la suite de la décision du gouvernement ukrainien de ne pas signer un accord d'association avec l'Union européenne. Ce mouvement a débouché le 22 février 2014 sur la révolution de février et finalement la fuite puis la destitution du président Viktor Ianoukovytch.

Document 3 :

Cinq ans après avoir mené la révolution dans la rue, les Ukrainiens ont à nouveau renversé la table, dimanche 21 avril, sans violence ni fracas, en portant au pouvoir un néophyte complet, Volodymyr Zelensky. Cet humoriste et producteur à succès dénué de la moindre expérience politique remporte un triomphe, en récoltant, selon des résultats quasi définitifs, un score raz-de-marée de 73,2 % des voix, loin devant le sortant, Petro Porochenko (24,5 %). Jamais président ukrainien n’avait obtenu un soutien aussi massif, et ce n’est là que l’un des records engrangés par M. Zelensky, qui devient, à 41 ans, le plus jeune président qu’ait connu le pays. 

Ce que l’histoire retiendra, surtout, c’est que les Ukrainiens ont préféré, en élisant un parfait inconnu, faire un saut dans le vide plutôt que de poursuivre leur route avec une classe politique décrédibilisée par des années de prévarication(1). Inconnu, Volodymyr Zelensky ne l’est pas tout à fait : ce natif d’une famille juive de Kryvyi Rih, dans le centre russophone et industriel de l’Ukraine, est même le compagnon de nombre de foyers depuis ses premiers pas d’humoriste sur scène et à la télévision, il y a vingt ans. Mais il était absent, jusqu’à sa déclaration de candidature fin 2018, du moindre engagement politique.

Il est assez facile de comprendre contre quoi les Ukrainiens ont voté : corruption, guerre, pauvreté, ces maux associés à l’ère Porochenko. Ce pour quoi ils ont voté est moins évident, et le flou entretenu par le vainqueur durant sa campagne – elle fut menée quasi exclusivement sur les réseaux sociaux et à coups de formules chocs mais très générales – n’a pas contribué à lever le voile.

En écrivant et en incarnant le rôle principal dans la série à succès Serviteur du peuple, dans laquelle un professeur d’histoire, Vasyl Holoborodko, est propulsé président pour nettoyer le pays de la corruption, M. Zelensky a simplement donné à des millions d’Ukrainiens le sentiment que la politique pouvait être autre chose. « Nous voyons la naissance d’un projet politique réellement unique, écrivait, avant le vote, le politologue Balazs Jarabik, du centre Carnegie. Un reality show dans lequel chacun peut participer. »

Le flou que M. Zelensky a entretenu sur nombre de dossiers permet aussi à chacun de s’identifier à un élément de son programme en oubliant les autres (…). Volodymyr Zelensky a aussi décomplexé les Ukrainiens en reprenant à son compte leur ras-le-bol de la guerre… mais sans leur proposer de solution.

Ce populisme est d’un type nouveau : un populisme « sympa », proeuropéen, qui ne cherche pas le clivage mais le rassemblement d’une Ukraine aux identités morcelées. C’est d’ailleurs dans ce domaine que Volodymyr Zelensky s’est montré le plus précis, en disant sa volonté de cesser l’« ukrainisation(1) » linguistique et culturelle menée par M. Porochenko et à laquelle n’adhère pas une partie de la population, de « réintégrer » les populations du Donbass, par exemple en versant leurs pensions aux retraités des territoires de l’Est sous le contrôle des séparatistes(3) prorusses…

 

B. Vitkine, Le Monde(4), 21 avril 2019

 

  1. manquement aux devoirs d’une charge (abus d’autorité, détournement de fonds publics…)

  2. ensemble de décisions du président Porochenko pour renforcer l’apprentissage et l’usage de l’Ukrainien dans l’ensemble de l’Ukraine y compris par les minorités ethniques qui pouvaient jusqu'alors étudier dans leur langue d’origine (russe, roumain, hongrois ou polonais).

  3. groupe favorable à une séparation avec l’Ukraine dans les régions de l’est de l’Ukraine soutenu par la Russie sur le plan militaire.

  4. Le Monde est un quotidien français. Classé parmi les quotidiens français « de référence », il est le quotidien national payant le plus lu en France. Sa ligne éditoriale est parfois présentée comme étant de centre gauche, bien que cette affirmation soit récusée par le journal lui-même, qui revendique un traitement non partisan.

Document 4 :

Chappatte, La Russie de Poutine, dans Le Temps(1) (Suisse), 2007

  1. Né en mars 1998, Le Temps est un journal de centre droit, prisé des cadres. Il se présente comme le quotidien de référence de la Suisse romande et francophone. Il consacre une large part à l’actualité internationale mais également économique et culturelle.

Document 5 :

Le terme «politique» [...] désigne tout ce qui a trait au gouvernement des sociétés, c'est-à-dire aux relations d'autorité entre les individus et les groupes. [...] La science politique dégage son autonomie au fur et à mesure qu'elle trouve un langage pour désigner les divers modes de cette rivalité pour le pouvoir.

Raymond Aron(1), «La science politique en France», in UNESCO,

La science politique contemporaine, 1950.

 

[La science politique] est donc aussi l'attention portée aux effets politiques (tels que voter, refuser toute participation, rejoindre les rangs d'un parti, manifester) de faits sociaux apparemment étrangers aux activités politiques, en tout cas non identifiés comme tels. Un office religieux, une réunion syndicale, une manifestation lycéenne peuvent être étudiés avec la préoccupation d'en saisir la dimension politique, même quand celle-ci est dissimulée, voire niée, par les participants - «ici, on ne fait pas de politique ».

Jacques Lagroye(2), Sociologie politique, Presses de la FNSP, 2002.

 

Au sens le plus général, la puissance est la capacité de faire, produire ou détruire ; un explosif a une puissance mesurable et, de même, une marée, le vent, un tremblement de terre. [...] La puissance d'un individu est la capacité de faire, mais, avant tout, celle d'influer sur la conduite ou les sentiments des autres individus. J'appelle puissance sur la scène internationale la capacité d'une unité politique d'imposer sa volonté aux autres unités. En bref, la puissance politique n'est pas un absolu mais une relation humaine.

Raymond Aron(1), Paix et guerre entre les nations, Calmann-Lévy, 1962.

 

  1. Raymond Aron (1905-1983), sociologue, politiste et philosophe, analyse les relations entre les différents acteurs des relations internationales.

  2. Jacques Lagroye est un universitaire français, spécialiste de sociologie politique.