BENJAMIN CONSTANT ET LE SYSTÈME REPRÉSENTATIF

Comment le système représentatif intègre la notion de démocratie ?

COMPÉTENCES TRAVAILLÉES

CONNAISSANCES :

  • le système représentatif

CAPACITÉS :

  • Construire une argumentation  

Elément signifiant : Procéder à l’analyse critique d’un document 

ATTITUDES :

  • Autonomie

Elément signifiant : prendre part à une production collective

Objectifs :

  • Comprendre comment fonctionne le système représentatif

  • Analyser un document

  • Travailler en groupe

CONSIGNES : 

1. Présente l’auteur en une dizaine de lignes : fonctions politiques exercées par l’auteur, courant politique auquel il se rattache, principales oeuvres.

 

2. Dans quel contexte politique l’auteur fait-il ce discours ?

3. En quoi consiste selon l’auteur la liberté des Anciens ? (document 1)

 

4. Quels sont les inconvénients de la liberté des Anciens selon l’auteur ? (documents 1 et 2)

5. Qu’est ce que le système représentatif ou liberté des Modernes selon l’auteur ? (document 3)

6. Quels sont les raisons qui ont amenés les hommes à choisir le système représentatif selon l’auteur ? (document 2)

7. Quels sont les risques que le système représentatif peut faire peser sur la démocratie ? (document 3)

8. A partir de vos réponses, décrivez en 10 lignes ce qui distingue la démocratie directe du système représentatif ?

Document 1 : 

Document 2 : biographie de Benjamin Constant.

 

Né en Suisse, Benjamin Constant (1767-1830) s'engage en politique en 1795 à Paris. Pendant la Révolution, il soutient la République, puis Napoléon Bonaparte, avant de s'opposer à son évolution autoritaire. Sous la Restauration, il devient l'un des députés leaders du courant libéral(1) à l'assemblée. Il donne des cours, dont la célèbre conférence De la liberté des anciens comparée à celle des modernes. Elu député en 1819, il siège à gauche, dans l’opposition libérale au pouvoir conservateur(2). Jusqu’en 1830, il multiplie les discours favorable à la liberté de la presse, de religion, des échanges, et contre l’esclavage maintenu dans les Antilles. Très hostile au raidissement du régime monarchique, qui veut contrôler totalement la presse. Il favorise, avec La Fayette, la révolution qui renverse Charles X et installe le roi modéré Louis-Philippe Ier qui gouverna durant la Monarchie de Juillet.

 

  1. le libéralisme est un doctrine reposant sur le principe que chaque individu dispose de droits fondamentaux et que la liberté d’expression est fondamentale. Dans le domaine économique, le libéralisme soutient la libre concurrence et l’économie de marché.

  2. Les conservateurs en 1819 sont les partisans de la monarchie absolue et de l’Ancien régime

 

Document 3 :

 

« [La liberté des Anciens(1)] consistait à exercer collectivement, mais directement, plusieurs parties de la souveraineté(2) toute entière, à délibérer, sur la place publique, de la guerre et de la paix, à conclure avec les étrangers des traités d’alliance, à voter les lois, à prononcer les jugements, à examiner les comptes, les actes, la gestion des magistrats, à les faire comparaître devant tout le peuple, à les mettre en accusation, à les condamner ou à les absoudre ; mais en même temps que c’était là ce que les anciens nommaient liberté, ils admettaient comme compatible avec cette liberté collective l’assujettissement(3) complet de l’individu à l’autorité de l’ensemble. Vous ne trouvez chez eux presque aucune des jouissances(4) (…) faisant partie de la liberté chez les modernes. Toutes les actions privées sont soumises à une surveillance sévère. Rien n’est accordé à l’indépendance individuelle, ni sous le rapport des opinions, ni sous celui de l’industrie, ni surtout sous le rapport de la religion. La faculté de choisir son culte, faculté que nous regardons comme l’un de nos droits les plus précieux, aurait paru aux anciens un crime et un sacrilège. Dans les choses qui nous semblent les plus utiles, l’autorité du corps social(5) s’interpose et gêne la volonté des individus ; Terpandre ne peut chez les Spartiates(6) ajouter une corde à sa lyre sans que les éphores ne s’offensent. Dans les relations les plus domestiques, l’autorité intervient encore. Le jeune Lacédémonien(7) ne peut visiter librement sa nouvelle épouse. A Rome, les censeurs(8) portent un œil scrutateur dans l’intérieur des familles. Les lois règlent les mœurs(9), et comme les mœurs tiennent à tout, il n’y a rien que les lois ne règlent. 

Ainsi chez les anciens, l’individu, souverain presque habituellement dans les affaires publiques, est esclave dans tous les rapports privés. Comme citoyen, il décide de la paix et de la guerre ; comme particulier, il est circonscrit, observé, réprimé dans tous ses mouvements ; comme portion du corps collectif, il interroge, destitue, condamne, dépouille, exile, frappe de mort ses magistrats(10) ou ses supérieurs ; comme soumis au corps collectif, il peut à son tour être privé de son état, dépouillé de ses dignités, banni, mis à mort, par la volonté discrétionnaire de l’ensemble dont il fait partie. Chez les modernes, au contraire, l’individu, indépendant dans sa vie privée, n’est même dans les états les plus libres, souverain qu’en apparence. Sa souveraineté est restreinte, presque toujours suspendue ; et si, à des époques fixes, mais rares, durant lesquelles il est encore entouré de précautions et d’entraves, il exerce cette souveraineté, ce n’est jamais que pour l’abdiquer. » 

B. Constant, « De la liberté des Anciens comparée à celle des

Modernes », discours de l’Athénée royal, 1819

 

  1. nom donné aux hommes de l’Antiquité, notamment les Grecs et les Romains.

  2. autorité suprême

  3. état de soumission

  4. satisfactions

  5. du groupe

  6. habitants de Sparte, une cité grecque réputée pour l’importance de la vie collective et la discipline de l’éducation.

  7. habitant de la région de Sparte

  8. fonction de la République romaine antique qui consistait à attribuer la citoyenneté et donner l’accès au Sénat. Avec cette fonction, les censeur avaient le pouvoir de dire ce qui est bien ou mal dans la société.

  9. mode de vie

  10. citoyen détenant une fonction de commandement.

 

Document 4 :

 

« L’étendue d’un pays diminue d’autant l’importance politique qui échoit(1) en partage à chaque individu. Le républicain le plus obscur de Rome ou de Sparte(2) était une puissance. Il n’en est pas de même du simple citoyen de la Grande-Bretagne ou des États-Unis. Son influence personnelle est un élément imperceptible(3) de la volonté sociale qui imprime au gouvernement sa direction. En second lieu, l’abolition de l’esclavage a enlevé à la population libre tout le loisir qui résultait pour elle de ce que des esclaves étaient chargés de la plupart des travaux. Sans la population esclave d’Athènes, 20.000 Athéniens n’auraient pas pu délibérer chaque jour sur la place publique. Troisièmement, le commerce ne laisse pas, comme la guerre, dans la vie de l’homme des intervalles d’inactivité. L’exercice perpétuel(4) des droits politiques, la discussion journalière des affaires de l’État, les dissensions(5), les conciliabules(6), tout le cortège et tout le mouvement des factions(7), agitations nécessaires, remplissage obligé, si j’ose employer ce terme, dans la vie des peuples libres de l’antiquité, qui auraient langui(8), sans cette ressource, sous le poids d’une inaction douloureuse, n’offriraient que trouble et que fatigue aux nations modernes, où chaque individu occupé de ses spéculations(9), de ses entreprises(10), des jouissances(11) qu’il obtient ou qu’il espère, ne veut en être détourné que momentanément et le moins qu’il est possible. Enfin, le commerce inspire aux hommes un vif amour pour l’indépendance individuelle. Le commerce subvient à leurs besoins, satisfait à leurs désirs, sans l’intervention de l’autorité(12). Cette intervention est presque toujours, et je ne sais pourquoi je dis presque, cette intervention est toujours un dérangement et une gêne. »

B. Constant, « De la liberté des Anciens comparée à celle des

Modernes », discours de l’Athénée royal, 1819

 

  1. qui reviens à chaque individu

  2. cité grecque réputée pour l’importance de la vie collective et la discipline de l’éducation

  3. impossible à percevoir. Le nombre d’habitants en Grande Bretagne ou aux Etats-Unis fait que le pouvoir de chaque citoyen est réduit d’autant.

  4. permanent

  5. oppositions

  6. conversations secrètes

  7. groupes politiques

  8. manqué d’activité

  9. affaires

  10. ce que l’on a entrepris

  11. satisfactions

  12. Etat

 

Document 5 : 

 

« Le système représentatif n’est autre chose qu’une organisation à l’aide de laquelle une nation se décharge sur quelques individus de ce qu’elle ne peut ou ne veut pas faire elle-même. Les individus pauvres font eux-mêmes leurs affaires : les hommes riches prennent des intendants(1). C’est l’histoire des nations anciennes et des nations modernes. Le système représentatif est une procuration(2) donnée à un certain nombre d’hommes par la masse du peuple, qui veut que ses intérêts soient défendus, et qui néanmoins n’a pas le temps de les défendre toujours lui-même. Mais a moins d’être insensés, les hommes riches qui ont des intendants examinent avec attention et sévérité si ces intendants font leur devoir, s’ils ne sont ni négligents ni corruptibles, ni incapables ; et pour juger de la gestion de ces mandataires(3), les commettants(4) qui ont de la prudence se mettent bien au fait des affaires dont ils leur confient l’administration. De même, les peuples qui, dans le but de jouir de la liberté qui leur convient, recourent au système représentatif, doivent exercer une surveillance active et constante sur leurs représentants, et se réserver, à des époques qui ne soient pas séparées par de trop longs intervalles, le droit de les écarter s’ils ont trompé leurs vœux, et de révoquer les pouvoirs dont ils auraient abusé. 

Car, de ce que la liberté moderne diffère de la liberté antique, il s’ensuit qu’elle est aussi menacée d’un danger d’espèce(5) différente. Le danger de la liberté antique était qu’attentifs uniquement à s’assurer le partage du pouvoir social, les hommes ne fissent trop bon marché des droits et des jouissances individuelles. Le danger de la liberté moderne, c’est qu’absorbés dans la jouissance de notre indépendance privée, et dans la poursuite de nos intérêts particuliers, nous ne renoncions trop facilement à notre droit de partage dans le pouvoir politique. »

B. Constant, « De la liberté des Anciens comparée à celle des

Modernes », discours de l’Athénée royal, 1819

 

  1. Personnage chargé des affaires d’un autre individu

  2. écrit par lequel une personne donne le pouvoir à une autre d’agir à sa place

  3. personne qui dispose d’un mandat, c’est à dire une autorisation pour agir

  4. personne qui confie à une autre le soin de ses intérêts

  5. de nature

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