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COMPÉTENCES TRAVAILLÉES

CONNAISSANCES :

  • La périodisation

CAPACITÉS :

Maîtriser et utiliser des repères chronologiques et spatiaux 

  • Connaître et se repérer 

Signifiants : Nommer et localiser les grands repères géographiques ainsi que les principaux processus et phénomènes étudiés. 

  • Contextualiser

Eléments signifiants :

-Mettre en œuvre le changement d’échelles, ou l’analyse à différentes échelles (multiscalaire), en géographie. 

-Identifier les contraintes et les ressources d’un événement, d’un contexte historique, d’une situation géographique. 

S’approprier les exigences, les notions et les outils de la démarche historique et de la démarche géographique 

  • Conduire une démarche historique ou géographique et la justifier. 

Elément signifiant : Construire et vérifier des hypothèses sur une situation historique ou géographique. 

ATTITUDES :

  • Autonomie

Elément signifiant : prendre part à une production collective

Objectifs :

  • Comprendre comment les Pays-Bas gèrent-ils le risque de submersion

  • Comprendre qu’un risque s’appréhende à différentes échelles

  • Extraire des informations dans un dossier documentaire

Document 1 :

Document 2 : l'évolution du littoral des Pays-Bas

Document 3 :

La maîtrise des eaux a toujours été la condition même de la survie des ce plat pays qui a conquis un tiers de son territoire en rognant sur la mer du Nord. Un dicton local l’affirme : «Dieu a créé le monde, et les Néerlandais(1) ont créé les Pays-Bas». Depuis plus de mille ans, les Hollandais1 n’ont eu de cesse de remanier les contours de leur pré carré, en pompant l’eau pour transformer des terres émergées en terres cultivables – les fameux polders(2) –, en dressant toujours plus haut des digues(3) pour contrer les marées, en ajoutant des canaux et des bassins de rétention pour amoindrir les effets dévastateurs des crues (…).

Aujourd’hui, avec les bouleversements du climat, les menaces de submersion(4) assaillent de toutes parts un pays dont 26 % des terres se trouvent sous l’altitude zéro. Un danger qui vient d’abord du large, puisque le niveau de la mer du Nord pourrait, selon une étude publiée fin 2017 par des chercheurs de l’université d’Utrecht, s’accroître d’un mètre à un mètre cinquante d’ici à 2100. Mais le péril vient aussi des fleuves, tels la Meuse et l’Escaut qui se déversent depuis la Belgique et la France. Et surtout le Rhin, qui forme la voie navigable la plus empruntée d’Europe, avec 500 péniches par jour en moyenne. D’après les calculs du ministère des Infrastructures, pour parer à toute inondation dans le futur et maintenir la navigabilité, il faudrait que, d’ici à la fin du siècle, l’immense fleuve soit aménagé de manière à supporter un débit au moins huit fois supérieur au débit actuel, qui est déjà de 3 000 mètres cubes par seconde (contre 500 mètres cubes en moyenne pour la Seine) (…). Alors, pendant que la mer monte et que les fleuves gonflent, les Néerlandais investissent, expérimentent, bâtissent, remodèlent encore et encore leur territoire. A leur manière, ils sont en train de repenser l’avenir de la planète (…).

Encore plus près du littoral, Rotterdam redouble (…) d’imagination pour se mettre à l’abri. La capitale économique, où vivent 1,4 million d’habitants et où se réalisent 65 % du PIB(5) du pays, abrite le premier port d’Europe. Sur chaque euro que gagne le royaume, quatre centimes viennent directement des docks, où travaillent 315 000 personnes. C’est dire si maintenir au sec cette cité, où il pleut tout de même 130 jours par an, est une priorité. Le problème ? Rotterdam se trouve non seulement sur l’estuaire(6) Rhin-Meuse, mais aussi au point le plus bas des Pays-Bas : six mètres sous le niveau de la mer ! Dès que l’eau monte, sa vulnérabilité devient maximale. Alors tous les moyens sont bons pour se défendre : toits végétalisés prompts à retenir l’humidité, parkings convertibles en cuves de récupération des eaux, promenades plantées dissimulant un vaste réseau de gouttières souterraines… C’est aussi dans cette ville qu’a été inventée une nouvelle génération de places publiques : les water plaza. Ces esplanades creuses accueillent des installations sportives ou des jardins publics, mais se muent en lacs en cas de déluge (…). Quant au port, ses ouvertures sur le large se verrouillent en quelques minutes grâce à des systèmes d’alerte dernier cri. Parmi les nombreux dispositifs, le plus bluffant est le Maeslantkering («barrière de protection du pays de la Meuse»). Ce portail géant protège le principal chenal(7) reliant le port à la mer (…) empêchant ainsi la mer du Nord d’envahir Rotterdam. Depuis son inauguration, en 1997, le Maeslantkering n’a toutefois fermé ses immenses portes qu’à deux reprises, en novembre 2007, alors qu’une tempête s’abattait sur le nord de l’Europe, et en janvier 2018, en raison de fortes déferlantes.

 

Montée des eaux : comment la Hollande se prépare, Sébastien Desurmont (texte) et Valerio Vincenzo (photos) paru dans le magazine GEO de janvier 2019

https://www.geo.fr/environnement/montee-des-eaux-comment-la-hollande-se-prepare-194824

  1. habitants des Pays-Bas

  2. terres gagnées sur la mer

  3. remblai de terre pour empêcher la mer d’entrer dans le polder

  4. recouvrement par l’eau

  5. le PIB est le produit intérieur brut. Il s’agit d’un indicateur de l’ensemble des richesses produites par un pays durant une année.

  6. portion de l’embouchure d’un fleuve dessinant un golfe évasé. L’eau y est salée ou saumâtre sous l’effet de la marée.

  7. passage navigable entre un port et la mer.

Document 4 : le Maeslantkering («barrière de protection du pays de la Meuse»)

 

Le Maeslantkering est l'une des plus grandes structures mobiles au monde avec une longueur totale de 420 mètres et une hauteur de 20 mètres

 

Document 6 :

 

Le programme Ruimte voor de rivier (« de l’espace pour la rivière ») a été lancé par l’État néerlandais après les crues de 1993 et 1995, véritables électrochocs pour la population. Les niveaux d’eau atteints ont entraîné l’évacuation de 8 000 personnes en 1993, de 250 000 personnes et près de deux millions d’animaux d’élevage en 1995. Le Premier ministre de l’époque a chargé l’autorité responsable, le Rijkswaterstaat, structure opérationnelle en charge des voies et cours d’eau, placée sous l’autorité du ministère des Infrastructures et de l’Environnement, de définir un plan stratégique et sa réalisation à court terme. Il était urgent de trouver des réponses adaptées au risque inondation, le long des rivières au centre-sud du pays, dans les territoires ayant subi les crues de 1993 et 1995.

RVR a été lancé, financé et coordonné par l’État et ses services (…). Il a été traduit dans les projets, définis et mis en œuvre au niveau local par les communes, les provinces(1), et les autorités de l’eau (Waterschappen), comités locaux historiques(2) responsables et gestionnaires des digues, ainsi que leurs partenaires. Plus de 2,1 milliards d’euros ont  été  mobilisés pour réaliser les 34 projets d’aménagement sur les branches de la Meuse et du Rhin (Ijssel, Lek, Waal). Quatre millions d’habitants sont concernés sur les territoires riverains situés en zones à risque (la population néerlandaise est de 16,8 millions d’habitants)(…).

Le programme RVR vise à redonner de l’espace à la rivière, indispensable pour abaisser les niveaux de crues et faciliter l’évacuation de l’eau. Ces objectifs peuvent être atteints en combinant différentes solutions. RVR a retenu neuf principes pour repousser les digues, creuser les lits, réaliser des « shunts » (ou dérivations) et créer des zones d’expansion de crues(…). Les aménagements répondent aux exigences de protection et aux nouvelles aspirations des populations riveraines en termes de nature, de loisirs, d’amélioration du cadre de vie, d’activités urbaines, agricoles et portuaires.

 

Élisabeth Bordes-Pagès, Frédéric Rossano, Intégration du risque inondation : un programme national aux Pays-Bas, note rapide de l’institut d’aménagement et d’urbanisme-Ile de France, novembre 2016

https://www.iau-idf.fr/fileadmin/NewEtudes/Etude_1315/NR_731_web.pdf

 

  1. équivalent d’un département français

  2. depuis le Moyen Age

 

Document 7 : le projet programme national Ruimte voor de Rivier («de la place pour la rivière») près de Nimègue.

Document 8 : maison flottante à Amsterdam

Les plateformes des maisons et immeubles coulissent le long de piliers ancrés dans le sol (sous l'eau), en fonction de la fluctuation du niveau d'eau.

 

Document 9 :

 

En 2005, après le passage de l’ouragan Katrina en Louisiane, les Néerlandais se sont retrouvés en première ligne pour la reconstruction de La Nouvelle-Orléans. Conseils pour la conception de digues ou le réaménagement du front de mer… la collaboration avec les Etats-Unis s’est poursuivie en 2012 après les ravages provoqués par un autre cyclone, Sandy, sur New York et la côte est. Aujourd’hui, on constate le même engagement des pionniers hollandais en Asie du Sud-Est, à Jakarta (Indonésie), sur le delta du Mékong (Vietnam) ou à l’embouchure du Gange et du Brahmapoutre (Bangladesh)… Partout où moussons et typhons se font de plus en plus meurtriers, ils sont là, participant à la planification urbaine à long terme, qui n’implique pas seulement la protection contre les inondations, mais aussi l’accès à l’eau potable.

«L’eau n’est pas qu’un danger, c’est aussi une chance : la réalité du réchauffement climatique doit devenir une chance pour améliorer la vie des gens», martèle à longueur de conférences Henk Ovink, 50 ans. En 2015, ce Hollandais au crâne chauve et au regard d’aigle a été nommé par son gouvernement au poste stratégique de représentant spécial des Pays-Bas à l’international pour les questions liées à l’eau. Un VRP du savoir-faire batave, en somme. A la fois ambassadeur et facilitateur de business, il est chargé de promouvoir les 2 400 entreprises néerlandaises travaillant dans l’hydraulique : instituts de recherche et sociétés de conseil, spécialistes du dragage ou de la conception de maisons flottantes, etc. Ce marché génère ainsi pour ce petit pays un chiffre d’affaires annuel de dix-sept milliards d’euros (dont la moitié à l’étranger).

 

Montée des eaux : comment la Hollande se prépare, Sébastien Desurmont (texte) et Valerio Vincenzo (photos) paru dans le magazine GEO de janvier 2019

https://www.geo.fr/environnement/montee-des-eaux-comment-la-hollande-se-prepare-194824